Au camp 3, la journée du 21 février est consacrée au repos. Entre un petit virus qui circule et qui a fortement affecté Anthony puis Carlos, quelques blessures qui tardent à cicatriser chez certains, et les nombreuses tâches logistiques à gérer, l'équipe décide de lever le pied. Le soleil est au rendez-vous, rendant ce moment de récupération particulièrement agréable, même si ce temps sec qui se prolonge donne envie de repartir explorer.
Sophie profite de cette journée pour assembler la scie sur table et couper en deux les stalagmites récupérées dans la grotte de Kosisilita, prélevées sur et dans les dépôts meubles. Yann, Luc-Henri et Patrick, de l'équipe film, immortalisent l'opération tandis que Monika aide à poncer les différentes moitiés de stalagmites. Au camp, la science avance tranquillement.

Au camp 2, l'équipe de relève s'installe à son tour au camp Big-Bag. Michel, Julien, Katia, Denis et Bernard arrivent dans la journée, accompagnés de deux Papous venus les aider au portage. Le reste de la journée est consacré à améliorer sensiblement le confort du camp : fabrication de chaises en bambou, aménagement de zones de couchage collectives et organisation de l'espace.


Au petit matin, l'équipe est prête pour une belle première dans la partie aval de Ralapusa. Julien, motivé comme jamais, embarque les caméras pour filmer ce moment qui s'annonce prometteur. Moins de deux heures plus tard, c'est la douche froide. Une crue violente est passée par là. Le 17 février, il est tombé du ciel « la mer et les poissons », remplissant l'ensemble des vasques et piscines de la cavité jusqu'à leurs seuils de débordement. Dès les premiers mètres de progression, l'eau est trouble et peu engageante. Après plusieurs heures à modifier les équipements pour s'épargner autant que possible les baignades qui semblent inévitables, l'équipe doit se rendre à l'évidence : atteindre le point de la dernière exploration est impossible aujourd'hui. Pire encore pour le moral, les nombreux signes observés tout au long du parcours témoignent de l'ampleur effrayante de la crue. Les indices laissés sur les parois parlent d'eux-mêmes ; par endroits, ils se situent plus de deux mètres au-dessus du seuil des vasques. Faute de pouvoir poursuivre l'exploration, l'équipe se concentre sur la réalisation d'images et de photos avant de remonter à la surface.

Pendant ce temps, au camp 3, l'absence de fortes précipitations depuis deux jours encourage certains à retourner voir la partie ennoyée du gouffre de Gauunu. Sophie souhaite y prélever une stalagmite pour étudier le paléoclimat. Yann Rineau, de son côté, ne veut rien manquer de ces opérations scientifiques. Une équipe composée de Sophie, Yann R., Monika et Franck partent donc au gouffre après le petit-déjeuner.
Franck commence la topographie tandis que Sophie, assistée de Monika, prélève ses échantillons de stalagmites, sous l'œil de la caméra. En poursuivant la topographie, Franck franchit le point critique : il ne subsiste qu'une petite flaque du siphon... derrière, la galerie se poursuit. D'abord basse, la progression se fait à quatre pattes, puis très vite on se redresse. Environ 200 mètres après la zone ennoyée, Franck découvre un superbe méandre très concrétionné qui mène au sommet d'un puits de neuf mètres. Plus bas, on entend nettement le bruit de l'eau. Le gouffre de Gauunu continue et semble prometteur.

Sophie remonte trois échantillons : une carotte, forée dans une coulée stalagmitique, une petite stalagmite et une plus grande, en forme de cierge, trouvée par Franck couchée dans un petit amont à la base du puits. Les deux premiers prélèvements devraient permettre de dater une période antérieure au remplissage qui a autrefois comblé le puits, dont on observe encore les traces sur les parois. La stalagmite « cierge » pourrait, quant à elle, donner un âge final à cet épisode. Résultat dans quelques semaines, une fois connues les datations à l'uranium-thorium.

Le mot spéléothème est un terme utilisé par les scientifiques pour désigner l'ensemble du concrétionnement souterrain : stalagmites, stalactites, draperies, etc. Ce sont surtout les stalagmites qui sont utilisées pour en extraire le climat ancien grâce à leur structure interne de couches successives, encadrées chronologiquement par la base ancienne et le sommet plus récent. Elles représentent un vrai livre contenant les informations climatiques passées, enregistrées page par page, ou couche par couche. Les changements en magnésium, strontium, oxygène, carbone, mais également en cristallisation, en diamètre de la stalagmite ou en pollen sont autant d'informations qui, une fois traduites, nous donnent des indications sur les changements d'humidité, de température et de végétation. La datation par uranium-thorium permet de dater chacune de ces couches de façon précise en remontant jusqu'à 600 000 ans.

Du côté de la grotte de Kosisilita, Tudor, Anthony et Yann A. retournent terminer la topographie des galeries découvertes le 20 février et poursuivre l'exploration au-delà du terminus, marqué par un vaste bassin d'eau profonde. Ils doivent nager sur environ 80 mètres avant de reprendre pied temporairement. Mais un peu plus loin, le plafond plonge définitivement dans l'eau : c'est le siphon. La déception est réelle. Ce n'est pas le grand gouffre espéré. L'équipe n'abandonne pas pour autant et explore minutieusement les petits affluents, réalise la topographie complète et prend de nombreuses images. Au final, la grotte de Kosisilita développe un peu plus d'un kilomètre pour 48 mètres de profondeur.


Au camp 3, l'exploration de Kosisilita étant terminée, il faut trouver de nouveaux objectifs. Un repérage par drone réalisé par Luc-Henri à 1,5 km au nord du camp a permis d'identifier une tache sombre dans la forêt : marigot ou entrée d'un gouffre prometteur ? Carlos, les deux Yann, Thomas et Anthony partent en reconnaissance, machette à la main. La pluie finit par s'inviter et rend la progression difficile. Après plusieurs heures à ouvrir le passage dans la végétation, ils atteignent finalement le point visé... qui se révèle n'être qu'une tourbière.

Plus l'équipe avance dans ce secteur, plus elle constate que les talwegs rencontrés ne se dirigent pas vers des pertes franches. L'eau s'infiltre dans le karst de façon diffuse et en cas de fortes précipitations, quand les sols sont saturés, elle s'écoule longuement vers les pentes de la Galuwé. De plus, les dépôts argileux sont particulièrement abondants dans cette zone, ce qui n'est pas favorable à la formation de cavités pénétrables.
Heureusement, le gouffre de Gauunu réserve peut-être encore des surprises. Natalia et Franck partent tôt dans la matinée. Arrivée au sommet du puits de neuf mètres, terminus des explorations précédentes, Natalia installe la corde et poursuit l'équipement. Après quelques ressauts, un grand vide s'ouvre sous leurs pieds. Le bruit assourdissant d'une cascade résonne. Pendant que Franck réalise la topographie, Natalia équipe un puits de 31 mètres, alimenté à mi-hauteur par un actif puissant qui jaillit d'une fissure. À sa base, la rivière s'engouffre dans un méandre spectaculaire de plus de quinze mètres de haut, creusé dans un magnifique calcaire blanc. Les deux explorateurs progressent de ressaut en ressaut en installant les cordes hors crue sur des vires. Finalement, ils doivent s'arrêter faute de corde. La rivière continue pourtant, vaste et prometteuse, probablement en direction de la résurgence de Lalu.

Mais au moment de sortir, la situation change brutalement. Au point bas qui siphonnait lors de la découverte du gouffre, Natalia constate que le niveau d'eau monte rapidement. L'heure n'est plus à la contemplation : il faut sortir, et vite. Il reste cinquante mètres jusqu'à la base du puits d'entrée, mais l'eau atteint presque le plafond par endroits. Ils arrivent finalement devant un siphon. Ils savent qu'il ne fait que deux mètres de long et qu'au-delà la sortie est assurée. Sans hésiter, ils le franchissent en apnée. La situation critique est évitée de justesse.
Le bilan est mitigé : Gauunu est prometteur, mais son accès est protégé par une zone basse susceptible de siphonner lors d'épisodes pluvieux. Sans météo fiable, son exploration reste aléatoire.

Aujourd'hui, aucune équipe ne part sur le terrain, ni depuis le camp 3 ni depuis le camp 2. La journée est consacrée à la récupération, au traitement des données scientifiques et topographiques, ainsi qu'aux tâches du quotidien comme le lavage du linge.


Au camp 3, l'équipe profite également de cette pause pour observer le fonctionnement hydrologique du gouffre de Gauunu afin de mieux évaluer les possibilités d'y poursuivre l'exploration. Natalia et Franck retournent dès le matin jusqu'à l'entrée du gouffre et constatent que le passage siphonnant est à nouveau praticable. C'est une bonne nouvelle : la décrue semble relativement rapide. L'occasion aussi pour Natalia de récupérer son téléphone, égaré dans la précipitation lors de la sortie mouvementée de la veille.
La matinée est également mise à profit pour travailler sur les stalagmites collectées à Gauunu. Elles sont sciées en deux dans la longueur, polies et préparées pour les analyses. La grande stalagmite de 44 cm n'échappe pas au traitement. Comme toujours, l'équipe film immortalise ces manipulations scientifiques.

Vers 13 h 30, une forte averse s'abat sur le secteur et se prolonge pendant près de deux heures. En fin d'après-midi, Yann A. et Franck retournent observer l'entrée du gouffre. Ils découvrent qu'un véritable torrent s'y engouffre désormais dans le premier puits. La situation se complique : poursuivre l'exploration en sécurité devient incertain.

Si l'équipe souhaite poursuivre l'exploration de Gauunu — désormais son unique objectif spéléologique dans la zone — elle doit d'abord s'assurer que les risques restent acceptables. Franck et Natalia partent donc prospecter en forêt au-dessus du gouffre afin de vérifier si un passage pourrait contourner la zone ennoyée. Mais la prospection ne donne rien : l'eau stagne en surface et aucun point d'absorption marqué n'est visible.
De leur côté, Yann A. et Anthony tentent une escalade depuis la base du puits d'entrée. Une galerie remontante est visible depuis le fond. Après avoir posé plusieurs ancrages, ils parviennent à atteindre la galerie... qui se referme rapidement. Là encore, aucune continuation.
Si l'exploration doit se poursuivre, il faudra prévoir la possibilité d'attendre sous terre en cas de crue. L'équipe décide donc de préparer un kit de survie comprenant réchaud, nourriture, matériel pour créer un point chaud et un système de communication. L'expédition dispose pour cela de deux appareils Pimprenelle, des dispositifs de transmission par le sol utilisant des ondes longues pour communiquer à travers la roche. Mais ces appareils sont pour l'instant au camp 2. Une mission de transfert est donc organisée. Les Papous Thomas et Francis partent du camp 3 pendant que Nolan et Augustin font le trajet inverse depuis le camp 2. Carlos et Monika les accompagnent sur une partie du parcours.

Après deux jours d'attente au camp 2, l'activité reprend. Jessica, Tom, Bogdan, Sergio et Laurent retournent au camp Big-Bag. À l'aube du lendemain, deux équipes se séparent. Sergio et Laurent partent vers l'amont de Ralapusa. Leur objectif : atteindre un niveau supérieur visible dans la paroi, susceptible de mener vers une galerie semi-sèche encore inconnue.


L'autre équipe, Jessica, Tom et Bogdan s'engagent vers l'aval de Ralapusa. La progression est rapide jusqu'au terminus laissé une semaine plus tôt par l'équipe précédente. La « première » commence vers la cote –145 m. Plusieurs vastes piscines doivent être franchies. Puis l'équipe découvre une énorme marmite de géant totalement vidée de son eau. Heureusement pour eux, car lorsqu'elle est pleine, le faible espace entre le déversoir et le plafond doit transformer cet endroit en siphon temporaire. Une corde est installée pour franchir l'obstacle, baptisé le « puits Banane ».
Au-delà, la cavité devient spectaculaire. Deux puits s'enchaînent : un premier d'une quinzaine de mètres, suivi d'un second d'environ 22 mètres. Les volumes augmentent nettement et un courant d'air aspirant est perceptible dans les zones plus étroites. C'est vaste, magnifique... et ça continue. Malheureusement, l'équipe doit s'arrêter faute de matériel. Le rêve du spéléologue : s'arrêter sur une cavité qui continue...
Vers 21 heures, tout le monde est de retour au camp. L'équipe amont n'a pas réussi à atteindre la galerie supérieure, mais rien n'est perdu : tôt ou tard, une autre équipe y retournera.

Le camp 3 ne peut tout miser sur le gouffre de Gauunu, dont l'exploration reste encore à ce jour incertaine. Aussi souhaitent-ils atteindre une zone encore plus au nord qui, d'après lecture de carte et photos satellites, pourrait receler une belle perte. Anthony, Tudor, Yann A., Nolan et Franck s'élancent tôt le matin dans la forêt pour tailler un nouvel itinéraire vers cet objectif. Crêtes et valons se succèdent et après plusieurs heures à batailler dans la végétation, ils parviennent à une jolie rivière. Après une pause repas bienvenue, ils remontent celle-ci jusqu'à une série de cascades qui freinent leur progression. Le point visé est encore au-delà. S'élançant sur la rive gauche, ils atteignent vers 15 heures un point encore à 500 mètres à vol d'oiseau de l'objectif qui ne pourra pas être atteint ce jour. Ce sera pour la prochaine fois, où l'on pourra même envisager de descendre ce joli canyon !
Pour l'heure, ils rebroussent chemin et empruntent cette fois la rivière plus en aval, ce qui leur permet une progression plus rapide. Cette rivière, bordée de petites falaises ornées de concrétions, semble être une ancienne cavité. Mais les forts dépôts d'argile qu'ils observent sur toute cette zone font que, là encore, la rivière finit par se perdre de manière diffuse à travers les sédiments. La zone n'est décidément pas favorable à la formation de cavités d'envergure profondes. Le retour se fera à la nuit tombante, après plus de 10 heures de crapahu et 15 kilomètres de cheminement. Arrivée au camp l'équipe n'échappera pas aux interviews menées par l'équipe film.
Les pluies, toujours quotidiennes, ont perdu de leur puissance. Le passage critique n'est plus rempli d'eau et nous savons que la décrue est relativement rapide : si cette journée est sans pluie, une équipe partira en fin de journée, la nuit et le matin étant de manière quasi systématique sans précipitations. Dans l'après-midi, une équipe composée de Monika, Sophie, Carlos, Yann R. et Patrick part au gouffre de Gauunu poser et tester les Pimprenelles. En remontant, des images complémentaires sont prises afin de compléter celles déjà existantes. Tout fonctionne à merveille.

Après préparatifs et repos, Natalia, Yann A., Anthony et Franck s'élancent juste avant la nuit poursuivre les explorations. Le terminus du 23 février est vite atteint. Natalia et Yann se lancent dans l'équipement alors qu'Anthony et Franck partent explorer l'amont de la galerie à la base du P31. Malheureusement, celui-ci pince après seulement quelques mètres de progression. Ils rejoignent donc l'équipe de pointe tout en faisant la topographie. La rivière est magnifique et poursuit son trajet dans un méandre qui perd progressivement en hauteur. Un peu de dénivelés sont gagnés à la faveur de quelques ressauts. L'ensemble de l'équipe se retrouve à la base d'un ultime puits creusé le long d'une faille. Encore une déception : quelques mètres au-delà, c'est le siphon. Celui-ci, trouble et bordé de mousse de crue est sûrement temporaire, mais s'engager au-delà, même avec des conditions favorables, après la zone siphonnante de l'entrée, serait de l'inconscience : nous ne poursuivrons pas l'exploration.

Avant de tout déséquiper, nous partons explorer une galerie qui s'ouvre en haut de la faille. Malheureusement, elle mène à un amont qui s'amenuise et ne nous permet pas de shunter le siphon. Nous remontons en empruntant cette fois une galerie fossile qui se développe parallèlement à l'actif. Au final, le gouffre atteint 960 mètres de développement pour un peu plus de 150 mètres de dénivelé : on est loin des grands gouffres espérés et de la résurgence de Lalu, mais c'est ainsi !


Au camp 3, la journée est consacrée à la récupération et à la mise au propre de la topographie. L'exploration du gouffre de Gauunu touche à sa fin. Les cartes et images satellites sont à nouveau étudiées à la recherche de nouveaux objectifs. Sous la tente commune, Sophie organise également le prélèvement d'échantillons pour la datation de la grande stalagmite « cierge » de Gauunu, sous l'œil des caméras.
Au camp 2, l'activité a repris. Bernard, Denis, Michel, Katia et Julien se préparent à repartir pour le camp Big-Bag. Une nouvelle rotation s'organise, et avec elle la perspective d'une dernière exploration dans Ralapusa aval.
À l'aube, au camp Big-Bag, toute l'équipe est prête. À 8 h 30, ils partent pour Ralapusa aval et s'engagent dans la partie souterraine vers 10 heures La cavité est exigeante. Franchir les nombreuses piscines hors d'eau oblige à des séries de manœuvres sur corde fixe qui ralentissent la progression. Chargés de matériel d'exploration, ils atteignent finalement vers 12 h 30 le sommet du dernier puits équipé par l'équipe précédente.
Katia prend en charge plusieurs rééquipements afin de préserver les cordes fournies à l'expédition par la société Courant. La sécurité reste notre priorité absolue dans cet environnement difficile.


Pour la suite de l'exploration, l'équipe se répartit les rôles : Michel et Denis réalisent la topographie tandis que Katia, Julien et Bernard ouvrent la voie. Les obstacles s'enchaînent dans un décor spectaculaire : petites verticales, laisses d'eau, zones semi-ennoyées encombrées de troncs. Dans une section basse d'une centaine de mètres, un témoin étonnant est découvert : une rubalise topo, posée près de l'entrée de la cavité au début de l'expédition, est retrouvée coincée près du plafond. La crue du 17 février a donc rempli complètement cette galerie. Plus loin, un puits d'une vingtaine de mètres est équipé. Au-delà, d'une vire équipée par Bernard, qui reprend la suite des installations, apparaît alors un autre vide impressionnant : un puits d'environ 40 mètres.


L'équipe est enthousiaste. Les volumes deviennent très gros. Les phares Bersub sont requis pour percer l'obscurité de leur puissant faisceau lumineux : un nouveau puits d'envergure de 25 mètres se présente ; son plafond en voûte d'équilibre doit mesurer 35 mètres de diamètre. À sa base, une grande galerie semble se poursuivre. Malheureusement, l'équipe n'a plus de corde. Quatre ancrages sont installés pour préparer la suite, ainsi qu'un capteur d'hygrométrie et de température.
Pendant ce temps, Katia explore une galerie supérieure. Un décor exceptionnel se révèle aux yeux ébahis de l'équipe : draperies, concrétions immaculées, sapins d'argiles, formations de type « œufs au plat ». C'est la cerise sur le gâteau. Mais il est déjà 21 heures, l'équipe doit se replier. Après une remontée interminable, ils atteignent le camp à 5 heures du matin, après 18 heures passées sous terre. Le système complet, Valngau-Ralapusa, composé de la mégadoline avec ses réseaux amont et aval, totalise 1 760 m de galeries, pour une profondeur topographiée de 278 m, avec vue à -300 m en bas du puits de 25 m terminal.


Au camp 3, l'équipe désespère. De ce côté du plateau, les fonds de talwegs sont encombrés d'argile, la roche n'est que rarement visible et les faibles dénivelés mènent tous vers le vide colossal du canyon de la Galuwé. Un chemin est taillé vers l'ouest mais ne donne pas les résultats espérés.
PHOTO 34 : « Go west », la consigne.
Une dernière visite au gouffre de Kosisilita permet à Yann R. de récolter une moisson d'images en progression souterraine pour le film.


Au camp Big-Bag, la journée est consacrée au repos après la longue exploration de la veille.
Une autre équipe venue du camp 2 s'attelle à un chantier important : la création d'une véritable zone d'atterrissage pour hélicoptère (DZ) près du camp Big-Bag. Ce travail permettra, lors d'une future expédition, d'installer un camp de base directement dans la zone d'exploration.

Au camp 3, l'activité est plus calme. Un virus circule toujours et Yann A. est particulièrement touché. La journée est consacrée au tri des échantillons biologiques, à quelques travaux scientifiques... et à un événement spécial : l'anniversaire de Luc-Henri. En fin de séjour, les réserves sont encore suffisantes. L'équipe décide donc de se faire plaisir avec un véritable festin : toasts préparés par Carlos, pizzas de Luc-Henri, crêpes de Sophie et sauces imaginées par Monika. Un moment convivial bienvenu.
Au camp 2, deux missions sont lancées. Bogdan, Tom et Jessica partent dans la vallée de la Galuwé pour récupérer plusieurs capteurs de charbon actif installés dans les résurgences et dans le lit de la rivière. Ces capteurs permettront peut-être de comprendre les circulations d'eau souterraines révélées par les colorations effectuées le 27 février dans Gauunu et deux jours plus tôt dans le système Valngau–Ralapusa. La mission est éprouvante : Plus de 500 mètres de dénivelé négatif et près de 3 km de progression dans une gorge chaotique et glissante. Malheureusement, l'un des capteurs n'est pas retrouvé à cause d'une mauvaise précision GPS. Il faudra revenir le récupérer avant le départ.



Pendant ce temps, l'équipe du camp Big-Bag effectue une dernière descente dans Ralapusa. Il s'agit cette fois de la dernière visite : dernières images pour Julien, dernières mesures topographiques et déséquipement complet de l'accès à la doline. Sous une averse mémorable, Denis démonte les dernières cordes.

Au camp 3, l'objectif du jour est toujours ce canyon avec une perte pointée sur la carte de 1974 que l'équipe avait manqué de peu il y a quelques jours. Yann, dorénavant entièrement retapé, Franck, Anthony et Tudor partent de bonne heure avec les Papous, Nolan et Augustin. Surprise : le canyon avec ses vasques cristallines et profondes dans lesquelles ils plongeaient avec délice il y a quelques jours, est aujourd'hui est à sec ! Entre-temps, un gros arbre s'est effondré dans le canyon. On imagine le vacarme...

Après 500 mètres de taille, franchissant un épaulement, ils ont la joie de trouver, au fond de la doline marquée sur la carte, un puits d'effondrement avec un regard sur un écoulement ! Au bas d'une descente de 20 mètres couverte de mousses et de lichens, dans une ambiance enfin très « Papouasie », ils prennent pied dans une galerie où coule une petite rivière. L'amont se rétrécit assez vite (400 m y sont parcourus) mais l'aval est prometteur. Galerie spacieuse, méga gours et grands bassins. Heureusement que Yann n'avait pas pu s'empêcher de prendre le matériel topo ! Après 400 mètres topographiés, ils s'arrêtent sur grands bassins d'eau profonde. L'espoir renaît.
À l'aube, une nouvelle équipe part finaliser la zone d'atterrissage du camp Big-Bag. Tronçonneuses, pelles et machettes sont à l'œuvre. Laurent, Bogdan, Tom, Jessica, Thomas et Francis travaillent toute la matinée. À 14 heures, ils sont de retour au camp 2. La DZ est désormais prête pour accueillir l'hélicoptère en phase de test lors de la phase de repli de l'expédition... Le verdict ne va pas tarder !
Au camp 3, excitée par les découvertes de la veille, l'équipe remet ça et entend bien profiter de la dernière journée disponible pour pousser l'exploration de la grotte avant l'héliportage du retour. Yann R et Anthony font le plein d'images de cette splendide cavité, tandis que Franck et Yann A. progressent en levant la topographie. Surprise, voici de la lumière : la grotte ressort par un magnifique porche, correspondant au fameux canyon repéré le premier jour. Dans une confluence, un autre amont est remonté, là aussi jusqu'à un porche dans la jungle, le tout dans une ambiance furieusement Papouasie : grands volumes, quatre porches moussus, une abondance de chauves-souris et de concrétions... La topographie du système, baptisé « réseau de l'Agitation tropicale » donne un développement de 1 766 m à quoi s'ajoutent 50 mètres non topographiés, 68 m (+20 / -48) de dénivelée et s'il reste quelques points d'interrogation, le potentiel étant cerné, ils en profitent pour déséquiper et rentrer au camp en traversant à nouveau la cavité et en enchaînant avec le canyon s'épargnant la fastidieuse traversée de l'épaulement.
Pendant ce temps, Monika et Sophie sont retournées une dernière fois à Gauunu pour récupérer l'enregistreur de température aura fourni une chronique d'une semaine.
Dans quelques jours, les rotations hélicoptères vont descendre équipiers et matériel à Galowé, au bord du Pacifique...