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Mise à jour n° 8 du 1er février 2010

Opération Madre de Dios

Samedi 31 janvier

5 heures : le jour n'est pas encore levé que l'escadron ULTIMA PATAGONIA 2010 est paré à recevoir la Jeanne-d'Arc, venue nous prêter main-forte sur une mission d'envergure : l’héliportage de 4 camps avancés permettant le déploiement des 23 membres d'Utima Patagonia 2010 sur des zones inconnues de Madre de Dios.

Voir le diaporama et une vidéo de l'opération héliportée


Repérage en hélico...

Ayayema (une divinité Kawesqar) est avec nous. Il fait beau ce matin, la lune brille à l'horizon. Une dégradation de la météo est cependant prévue pour 10 heures, il ne faudra pas traîner ! D’autant que le minéralier qui comptait lui, lever l’ancre pour Huachipato ce matin à 8 heures se retrouve maintenant bloqué non pas par un, mais par deux navires militaires battant pavillon français : la Jeanne-d’Arc et la frégate Courbet manœuvrent dans le canal Contreras, seule issue vers le Pacifique, avec au total près de 800 militaires à bord.

Du côté des centre-terriens, tout le monde a fignolé avec soin son sac d’affaires personnelles. Dix kilos maximum pour les «bagages à main», la limite est stricte et il n’est pas question d’y déroger.

6 heures. Tout le monde est sur l’hélipad de Guarello. Le jour commence à montrer son nez. Il ne pleut toujours pas et, en prime, on a droit à un magnifique lever de soleil sur une mer d'huile, où va se dérouler un spectacle peu banal dans la baie de Guarello : un zodiac tout d'abord, suivi d'une chaloupe, puis le vrombissement d’hélicoptères, une Gazelle et une Alouette, suivies quelques minutes plus tard de l'imposant bâtiment qu'est le porte-hélicoptères Jeanne-d'Arc. Vision dantesque, dirait Sergio…

Quelques photos prises sur le vif et il est temps de s'activer. Pas une minute à perdre dans ces moments-là. Bernard monte dans la Gazelle afin d'aller repérer les points de largage, accompagné de Jean-Philippe qui fera quelques images.

L'Alouette est chargée du matériel du camp 1 en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.


Chargement de l'Alouette.

Pour ceux restés au sol, les minutes qui s'égrainent semblent infinies. Enfin, Jean-Philippe et Bernard reviennent, après 45 minutes de vol. Le temps passe à une allure folle. Un second dépôt de matériel est effectué sur le camp 2. Vient l'heure du ravitaillement en kérosène. Après une bonne demi-heure, les deux hélicoptères partent faire les dernières déposes de matériel des camps 3 et 4 puis commencent l'héliportage du personnel. L'heure tourne à la vitesse grand V! Le temps imparti aux opérations va bientôt arriver à son échéance et 19 personnes sont encore à terre. Ça sent la marche à pied ! Sergio et Jean-Philippe ont à peine le temps de décoller que le Pacha de la Jeanne-d’Arc intime l'ordre au pilote de l'Alouette : «retour des personnels sur la DZ et retour sur la Jeanne d’Arc».

Dépités, Sergio et Jean-Philippe sont débarqués, et malgré les ultimes tentatives de Bernard pour grappiller quelques précieuses minutes, notamment en conversant avec le commandant Augier, l'opération doit s'arrêter là. Un grand merci à toute l'équipe du Jeanne d'Arc, pour cet appui logistique inappréciable. Les paramètres sont cependant nombreux et indiscutables : la mer est en train de se démonter au large, ce qui va retarder la progression des navires vers Valparaiso, des problèmes de machines limitent actuellement la manœuvrabilité de la Jeanne-d’Arc dans le canal Contreras, le minéralier se trouve toujours bloqué par ce débarquement et enfin, les hélicos devraient refaire le plein afin de pouvoir poursuivre leur mission… La question est donc tranchée, les autres iront à pied !

Retour à la base. Les 15 spéléologues restant au sol se retrouvent à la bodéga pour étudier un plan B. Autour d'un petit-déjeuner au foie gras et au saint-émilion offerts par les personnels débarqués de la Jeanne d'Arc (il est maintenant 10 heures), la décision est prise de faire immédiatement partir les équipes des camps 1 et 2 à pied. Pour les camps 3 et 4, il faut attendre qu’ils soient opérationnels et estimer les temps nécessaires à pied de l’un à l’autre avant de se lancer à l’aventure. La forêt magellanique, un piège mou mais un sacré piège, barre plusieurs fois l’itinéraire de près de 20 kilomètres. José et Cédric, seuls au camp 4, vont donc peut-être trouver le temps long avant de revoir leurs camarades… Au moins ils ne finiront pas la faim au ventre, avec de quoi manger pour 45 jours!

20 heures. Après quelques communications radio et téléphone, les nouvelles arrivent au PC de Guarello depuis le téléphone satellite du camp 4, le seul à ce stade à pouvoir rester en communication radio directe avec l’ensemble des autres camps, grâce à sa position dominante.

Le camp 1 est installé dans de bonnes conditions. L'équipe de Stéphane parti à pied sur le coup de 11 h 30 venait juste d’arriver au camp 2, qui a pu être installé dans le courant de la journée de façon confortable. Au camp 3, Isabelle, Jean-Francois, Thomas et Olivier sont aussi fins prêts au niveau de leur habitat, ils savent aussi que leurs deux équipiers ne les rejoindront pas ce soir. Enfin, sur le camp 4, José et Cédric ont passé leur journée à transporter le matériel héliporté à une heure de marche, où ils ont trouvé un emplacement moins exposé et abrité, après quoi ils ont pu procéder à leur installation.

Sur Guarello, pour les 6 personnes qui restent, c'est un peu la déprime. Heureusement, l’ambiance se maintient, grâce aux mineurs dont l’emploi du temps vient de se relâcher après le départ du minéralier, et qui comptent bien profiter de leur unique soirée de repos, avant de réattaquer leur travail. Une soirée que nous animons partiellement en leur projetant Le Mystère de la Baleine et racontant nos diverses découvertes et travaux en cours.

Dimanche 1er février

Sur Guarello, l’équipe s’impatiente en étudiant finement toutes les stratégies plausibles afin de rejoindre au plus tôt les camps 3 et 4. Solliciter l’armée chilienne afin de se faire déposer sur les camps 3 et 4 ? Se faire emmener par une frégate militaire sur le Baros Luco ? Envisager de transporter, comme en 2008, un Zodiac léger jusu'au Barros Luco par voie de terre, afin de rejoindre la bordure de côte située sous le camp 4 et attaquer l’ascension…? Tout y passe. Difficile en tout cas d’envisager à ce stade une remontée par la lignée des camps sans avoir plus de précisions sur les difficultés de progression entre les camps 2, 3 et 4.

Ce n’est alors qu’à la vacation radio de 20 heures que les infos tombent, toujours via le camp 4. Camp 1, une tente à fortement souffert durant la dernière nuit, du coup, une bonne partie de la journée a dû être consacrée au réaménagement général.


L'énorme perte repérée d'hélicoptère...

Camp 2, c’est le «jack-pot», Bernard lors du survol de la zone, a repéré et pu photographier de justesse une énorme perte. Remontée à bloc, l’équipe s’y est donc jetée dedans dès la première heure de la journée… et a pu explorer 400 mètres de collecteur de plus d’un mètre cube de débit par seconde avant de stopper sur un siphon, à la cote -60 m. Une ambiance d’enfer alors qu’il ne pleut quasiment pas depuis deux jours. La prudence doit être de mise et, dès demain, ils vont rechercher d’autres entrées de ce système hydrologique qui semble très intéressant.

Camp 3, après avoir amélioré leur campement, ils partent pour une mission de ralliement pour assurer un lien avec le camp 4 où résident seulement, pour le moment, José et Cédric. 3 h 30 sont finalement nécessaires pour établir cette jonction. Par ailleurs, plusieurs trous ont été repérés à proximité du camp 3… des cavités qui seront attaquées dès lundi.

Enfin sur le camp 4, le transport des équipements depuis la dépose hélico vers le camp même situé à près d’une heure de là est maintenant achevé. Plusieurs cavités ont aussi été repérées et seront dès demain descendues.

À cette heure, la seule inconnue réside donc dans les délais de cheminement entre les camps 2 et 3. Demain lundi, deux équipes démarreront de Guarello en vue d’atteindre le camp 2.

Le bilan de cette opération Madre de Dios est riche : quatre équipes avancées, installées dans des camps confortables, vont pouvoir prospecter de vastes secteurs du karst de Madre de Dios encore inexploré... Les jours qui viennent seront sans doute riches en découvertes!

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DERNIERE MINUTE : Au moment d'envoyer cette page (2 février), tous les équipiers sont désormais sur Madre de Dios. La prochaine mise à jour de ce journal dépendra des moyens techniques par téléphone satellite Astrium et des disponibilités des équipiers engagés sur le terrain. Dans quelques jours, ceux qui doivent rentrer en France vont reprendre la route de Guarello, nous apportant aussi nouvelles fraîches, images et vidéo...

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